SOCIETE

C2D France-Cameroun : 20 ans après, l’Université de Yaoundé I ausculte un partenariat à bilan mitigé

Written by Annette Olinga

Ce 24 juin 2026, le département d’Histoire de l’Université de Yaoundé I a organisé une journée d’étude sur le thème « C2D France-Cameroun : 20 ans après ? ». Une réflexion scientifique tenue à l’amphi 300, sous le parrainage du recteur, représenté par le professeur Edmond Biloa, vice-recteur chargé de la recherche et de la coopération avec le monde des entreprises. L’événement coïncide avec le vingtième anniversaire du Contrat de Désendettement et de Développement, célébré récemment au Cameroun.

L’initiative, portée par le docteur Youssouf-Laplage Moumbagna, a réuni chercheurs, décideurs publics, partenaires techniques et étudiants autour d’une question centrale : après deux décennies, ce mécanisme de coopération a-t-il véritablement contribué au développement du pays ?

Une démarche scientifique au service de la mémoire et du progrès

Interrogé sur les motivations de l’université, le professeur Edmond Biloa a rappelé le rôle fondamental de l’histoire. « L’histoire s’intéresse aux faits passés comme aux faits présents pour bien appréhender le futur. Il est important, pour les jeunes générations comme pour les anciennes, de savoir ce qu’est le C2D, quelles ont été ses réalisations dans les domaines sociaux, la santé, l’enseignement, l’environnement, l’agriculture, et quelles sont les perspectives d’avenir. » Une approche qui vise à « regarder dans le rétroviseur pour parcourir le futur sans embûches ».

Pour le professeur Biloa, la démarche de l’université est fondamentalement scientifique. « L’université doit connaître son environnement, le contexte dans lequel évoluent les populations, les programmes dont elles bénéficient. Et bien entendu, interroger les gouvernements français et camerounais sur ce qui fonde leur démarche. » Un questionnement qui s’étend au contrat lui-même : « Est-ce que tout s’est passé normalement ? Y a-t-il eu des couacs ? Que peut-on faire pour améliorer la gestion à l’avenir ? »

Un bilan contrasté entre réalisations visibles et impact incertain

Le docteur Youssouf-Laplage Moumbagna, rapporteur général, a insisté sur la mission de l’université : enseignement, recherche et appui au développement. « Nous devons interroger si les C2D ont véritablement impacté le développement du Cameroun. C’est pourquoi des chercheurs se sont investis sur le terrain pour rencontrer les acteurs et bénéficiaires des programmes. » La thématique, volontairement ponctuée d’un point d’interrogation, traduit cette posture critique.

Sur le terrain, les réalisations sont visibles et tangibles dans l’éducation, la santé, les infrastructures, l’agriculture et la gouvernance. Mais, comme le souligne le chercheur, « il ne suffit pas de construire des écoles ou des hôpitaux. Il faut s’interroger sur leur impact réel sur le développement. Personnellement, le bilan est mitigé. »

La coopération internationale en question

Interpellé sur les intérêts géopolitiques sous-jacents, le docteur Moumbagna reste prudent : « Il serait prétentieux de dire ce que la France gagne. La France elle-même pourrait répondre. Nous voulons savoir si ce qu’elle fait ou nous offre contribue réellement au développement de notre pays. » Une réponse qui inscrit la réflexion dans une approche rigoureuse, loin des jugements hâtifs.

Rappelant la genèse du dispositif, il précise que les C2D ont été mis en place en 2001, alors que le Cameroun traversait une période difficile, au lendemain de la crise économique des années 1980. Un instrument conçu par la France pour contribuer au développement, dans un contexte d’ajustement structurel.

Un appel à la réflexion pour des recommandations futures

Dans son discours de bienvenue, le Pr Messina Mvogo, Chef de Département, représentant le Doyen de la Faculté des Arts, Lettres et Sciences Humaines à la cérémonie protocolaire d’ouverture, a salué l’initiative du département d’Histoire. Il a souligné l’importance de cette rencontre pour enrichir les savoirs sur le C2D, « mécanisme innovant de partenariat ayant marqué les relations franco-camerounaises ». Il a également formé le vœu que les travaux débouchent sur des recommandations pertinentes pour l’avenir des politiques de développement au Cameroun et en Afrique.

Cette rencontre a réuni une vingtaine d’experts pluridisciplinaires autour de deux axes majeurs : l’autopsie des réalisations du C2D dans les secteurs clés (rural, eau, infrastructures, santé, éducation) et une exégèse des dynamiques de la coopération franco-camerounaise, incluant ses dimensions historiques, économiques et géopolitiques.

Si la conférence inaugurale du Pr Marc Raffinot (Paris-Dauphine) a mis en garde contre une générosité postcoloniale parfois trompeuse, la note conclusive du MINEPAT a rappelé le caractère pionnier et novateur de ce mécanisme. Au-delà des débats, les experts ont formulé des recommandations fortes : renforcer l’autofinancement et l’autonomie des bénéficiaires, accentuer la coopération décentralisée, réviser structurellement les modalités de l’aide pour gommer les relents néocoloniaux, et exiger une gouvernance éthique. L’assemblée a plaidé pour une prolongation du dispositif, à condition qu’il soit réorienté vers une réciprocité bénéfique et une implication effective des territoires.

Alors que le Cameroun célèbre deux décennies de ce partenariat, cette journée d’étude ouvre un espace de dialogue fécond, où la rigueur universitaire vient éclairer les enjeux contemporains du développement. Un exercice salutaire, à l’heure où le pays interroge l’efficacité de ses instruments de coopération pour bâtir un avenir plus souverain et prospère.

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