SOCIETE

Cameroun – Journée mondiale des réfugiés 2026 : la CDHC appelle à une protection sans faille face aux défis humanitaires et à la corruption

Written by Annette Olinga

Yaoundé, le 20 juin 2026 – À l’occasion de la 25e édition de la Journée mondiale des réfugiés, la Commission des droits de l’homme du Cameroun (CDHC) a publié une déclaration officielle dans laquelle elle salue le thème international retenu cette année – « Jusqu’à ce que tout le monde soit en sécurité » – tout en alertant sur les menaces qui pèsent sur la protection des personnes déplacées et réfugiées au Cameroun.

Instituée en 2001 par l’Assemblée générale des Nations Unies, cette journée trouve ses racines dans la résolution de l’Organisation de l’unité africaine (OUA) de 1975, qui avait fait du 20 juin la « Journée des réfugiés africains ». Un héritage que la Commission a tenu à rappeler en préambule de sa déclaration, soulignant que la protection internationale des réfugiés repose sur des piliers juridiques solides, notamment la Convention de l’OUA de 1974.

Un thème universel pour une sécurité sans exclusive

La CDHC a accueilli avec satisfaction le thème de l’édition 2026, qui exhorte chaque gouvernement à garantir des systèmes d’asile justes et accessibles, les donateurs à maintenir l’aide vitale, et les communautés à accueillir ceux qui fuient la violence. « La protection n’est pleinement réalisée que lorsque les personnes contraintes à l’exil peuvent vivre sans crainte, reconstruire leur vie et contribuer à leur communauté », a rappelé la Commission dans son texte.

Elle a également réaffirmé le principe fondamental énoncé par la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples, selon lequel « nul ne peut être soumis par un État membre à des mesures telles que le refus d’admission à la frontière, le refoulement ou l’expulsion qui l’obligeraient à retourner ou à demeurer dans un territoire où sa vie, son intégrité corporelle ou sa liberté seraient menacées ».

Un chef de village camerounais, symbole de solidarité

La Commission s’est réjouie de la reconnaissance internationale du geste d’humanité posé par Sa Majesté Martin Azia Sodea, Chef du village Gado-Badzéré dans la région de l’Est. Ce dernier a reçu le Prix Nansen du HCR le 16 décembre 2025 à Genève, pour avoir accueilli et accompagné plus de 36 000 réfugiés fuyant la violence en République centrafricaine.

Le HCR a salué un leader « qui a touché des milliers de vies par son humanité et sa générosité ». Lui et sa communauté ont offert aux réfugiés des terres pour se loger et cultiver, transformant ce village en un symbole de coexistence pacifique. « Nous sommes tous des êtres humains, et nous devons prendre soin les uns des autres », avait-il déclaré à l’occasion de la cérémonie. Un exemple que la CDHC a mis en lumière comme une initiative particulièrement inspirante pour l’ensemble du pays.

Des financements en berne et une fraude documentaire persistante

Toutefois, la Commission a exprimé de vives préoccupations. Elle déplore d’abord la réduction drastique des financements alloués à l’assistance humanitaire, susceptible d’affecter la qualité des services essentiels – santé, éducation, protection et alimentation – destinés aux réfugiés. Un phénomène qui a conduit, selon elle, au « spectacle désolant de hordes de volontaires arpentant les rues de certaines grandes villes, y compris Genève, pour tendre la sébile aux passants ».

Par ailleurs, la CDHC s’inquiète de la persistance des cas de fraude documentaire et d’usurpation d’identité, qui permettent à certains réfugiés d’obtenir irrégulièrement des documents administratifs nationaux et de bénéficier indûment des droits réservés aux citoyens camerounais. Elle souligne que la corruption constitue un facteur aggravant de la vulnérabilité, en compromettant l’accès équitable aux services de base, à la justice et à l’assistance, tout en affaiblissant la confiance des populations envers les institutions.

Des recommandations ciblées pour renforcer la sécurité et la transparence

La Commission a réitéré ses recommandations formulées en 2025, appelant les Forces de défense et de sécurité à améliorer les dispositifs sécuritaires dans les zones en proie à l’insécurité, notamment en renforçant leur présence dans les camps de réfugiés et en intensifiant la formation aux exigences du droit international humanitaire et des droits de l’homme.

Elle a également adressé des recommandations spécifiques à la Délégation générale à la Sûreté nationale (DGSN), au BUNEC et au MINAT, leur demandant de « renforcer les mécanismes de contrôle, de sécurisation biométrique et de vérification des documents d’identité, ainsi que les sanctions contre les auteurs de fraudes documentaires et d’usurpation de nationalité ».

Enfin, la CDHC a rappelé que sur les 220 recommandations acceptées par le Cameroun lors de son passage au 4e cycle de l’Examen périodique universel (EPU) en mars 2024, neuf sont en lien direct avec la thématique des réfugiés. Elle a invité les structures pertinentes de l’État et les organisations de la société civile à en assurer le suivi.

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