À l’occasion de l’atelier de lancement de l’étude sur la stratégie d’entretien du patrimoine routier organisé par le ministre des travaux publics Emmanuel Nganou Djoumessi le 14 Avril 2026, le groupement Egis Cameroun / MENSO Sarl a présenté une approche innovante. Diagnostic par drones, passage à une gestion patrimoniale, digitalisation des péages, soutien aux PME locales et viabilité financière du Fonds Routier : la proposition du consultant entend révolutionner la manière dont le Cameroun entretient ses 121 873 km de routes.
C’est devant un parterre d’acteurs institutionnels, de partenaires techniques et financiers, et d’experts du génie civil que le groupement Egis Cameroun / MENSO Sarl a officiellement pris ses quartiers dans le chantier de la modernisation de l’entretien routier au Cameroun. Désigné pour mener l’Étude relative à l’élaboration de la stratégie d’entretien du patrimoine routier, le consortium a présenté, le 14 avril 2026 au siège du MINTP, sa méthodologie, ses ambitions et les grandes lignes des solutions qu’il entend proposer.
Pour Stéphane Dagba, Directeur des Opérations d’Egis Cameroun, l’enjeu est clair : « Il s’agit de passer d’une gestion réactive à une gestion proactive et patrimoniale. » Une petite phrase qui résume à elle seule le basculement culturel et technique que le groupement souhaite impulser.

Un diagnostic sans précédent : la technologie au service de l’état des lieux
Avant de proposer une stratégie, encore faut-il connaître précisément l’état de ce que l’on possède. Egis ne fait pas dans l’approximation. Le consultant a détaillé une méthodologie de collecte de données inédite au Cameroun, structurée en quatre catégories.
L’état fonctionnel et structurel du réseau
Pour évaluer l’état réel des chaussées, Egis déploiera des moyens techniques modernes, dont des drones RGB (eBee X ou M4T) pour le mobile mapping et la photogrammétrie. Ces outils permettront de scanner des centaines de kilomètres de routes avec une précision jusqu’alors inégalée.
· Pour les routes bitumées : l’évaluation portera sur la portance globale (déflexion) et l’état de surface à travers trois familles de dégradations – fissurations/faïençages, déformations, et arrachements (nids de poule, pelades, plumage).
· Pour les routes en terre (qui représentent une part massive du réseau) : quatre indicateurs seront scrutés – déformations, ravines, tôles ondulées et nids de poule, sans oublier les points critiques comme les bourbiers ou les effondrements d’ouvrage.
Au terme de cette collecte, chaque section de route sera classée en quatre catégories : bon, moyen, médiocre ou mauvais état.
Les données contextuelles et financières
Egis ne se contente pas du génie civil. Le groupement collectera également :
· Les données de trafic : comptages, classification des véhicules, poids lourds, trafic journalier moyen annuel (TJMA).
· Les données contextuelles : climat, type de sol, fonction structurante ou locale de la route.
· Les données financières et historiques : date de construction, âge de la dernière couche de roulement, coûts unitaires des travaux passés, enveloppes financières, modes d’affectation et instruments de financement.
Ce faisant, Egis promet un diagnostic « complet, objectif et opérationnel », loin des évaluations partielles qui ont pu être menées par le passé.
La stratégie Egis : trois piliers pour quinze ans de transformation
L’ambition du groupement ne se limite pas à un simple état des lieux. Egis propose de doter le Cameroun d’une stratégie décennale de maintenance et de gestion du patrimoine routier, articulée autour de trois piliers.
Une stratégie alignée sur les documents de référence nationale
La future stratégie d’entretien ne sera pas un objet technique isolé. Egis entend l’ancrer solidement dans le cadre stratégique existant :
· Vision Cameroun 2035
· Stratégie Nationale de Développement à l’horizon 2030 (SND30)
· Stratégie Intégrée des Infrastructures de Transport Multimodal (S2ITM)
· Plan Directeur Routier 2020-2035 (PDR)
· Schéma National d’Aménagement et de Développement Durable du Territoire (SNADDT)
· Stratégie Nationale d’Adaptation et de Résilience des Infrastructures de Transport aux effets des changements climatiques (SNARITECC)
Pour Stéphane Dagba, cette cohérence est essentielle : « Cette stratégie a pour ambition de répondre déjà aux documents stratégiques de l’État du Cameroun, notamment la vision à l’horizon 2035, la SND30, les stratégies d’aménagement et de développement durable, et également la prise en compte des changements climatiques. »
Une feuille de route pour la viabilité financière du Fonds Routier
L’un des points les plus sensibles abordés par Egis concerne le financement pérenne de l’entretien. Le groupement propose de travailler sur la viabilité financière du Fonds Routier (FR) , aujourd’hui fragilisé par des ressources stagnantes depuis plus de dix ans, malgré l’inflation et l’extension du réseau.
Egis s’engage à définir un système pérenne de planification, de programmation et de financement, adapté au contexte camerounais et compatible avec la mise en valeur des actifs routiers. L’objectif : sortir de la logique des « programmes annuels non réceptionnés dans les délais » pour entrer dans un cycle vertueux de programmation pluriannuelle.
Une gouvernance clarifiée et des synergies renforcées
La multiplicité des acteurs – État, collectivités, concessionnaires, financeurs, entreprises, usagers – est à la fois une richesse et une source de dysfonctionnements. Egis propose de cartographier précisément ces intervenants et d’établir des mécanismes de collaboration clairs.
« Il va falloir analyser tout ça, voir les moyens de fonds de roulement des entreprises pour résoudre ce problème et permettre vraiment la renaissance des entreprises, des PME du secteur de l’entretien routier », a expliqué Stéphane Dagba en réponse aux doléances exprimées par les acteurs locaux.
Les propositions concrètes d’Egis pour les PME, les péages et la digitalisation
Interrogé par la presse sur les grandes lignes des propositions finales, le Directeur des Opérations d’Egis Cameroun a livré plusieurs orientations précises, qui vont bien au-delà des généralités.
Un plan de renaissance pour les PME camerounaises
Sur l’insistance du Ministre des Travaux Publics, Egis a intégré un volet spécifique dédié aux petites et moyennes entreprises locales. Le constat est sans appel : les PME souffrent d’un déficit de gouvernance, de modèles d’appels d’offres inadaptés, de conditions de financement contraignantes et surtout de délais de paiement chroniques.
Egis propose :
· L’identification précise des capacités réelles des PME par sous-secteur d’activité.
· La révision des modèles d’appels d’offres et des conditions de financement.
· Une attention particulière au dispositif CEDEC (créance électronique), dont le MINMAP a déjà mis en œuvre des moyens d’atténuation, mais qu’il convient d’analyser et d’améliorer.
· La résolution du problème des avances de démarrage et du besoin en fonds de roulement.
L’objectif affiché est clair : « permettre vraiment la renaissance des entreprises, des PME du secteur de l’entretien routier ».
Digitalisation des stations de pesage et des péages
La question du contrôle des charges à l’essieu – cause majeure de la dégradation prématurée des chaussées – a été longuement débattue. La proposition d’Egis va dans le sens d’une digitalisation et d’une automatisation.
· Automatisation des sanctions : fini les arrangements de gré à gré, place à des systèmes informatisés de constatation et de pénalité.
· Digitalisation des postes de péage et de pesage : utilisation des données en temps réel pour le suivi et la décision.
· Exploitation des données existantes : comme l’a rappelé le Directeur de l’investissement routier, des données sont déjà disponibles ; il s’agit désormais de les utiliser intelligemment.
« Nous allons analyser effectivement la possibilité, comme on l’a proposé, de digitaliser, d’automatiser par exemple les sanctions, la possibilité de bien prendre en compte les données », a confirmé Stéphane Dagba.
Une gestion patrimoniale : de la réparation à l’anticipation
L’innovation conceptuelle la plus forte portée par Egis est sans doute le passage d’une logique de travaux curatifs à une logique de gestion patrimoniale. Concrètement, il ne s’agira plus d’attendre que la route soit dégradée pour intervenir, mais de :
· Hiérarchiser les interventions en fonction de l’état, du trafic et de la fonction stratégique de chaque axe.
· Planifier les entretiens préventifs sur la base d’indicateurs objectifs.
· Estimer la valeur actuelle et future du patrimoine routier pour éclairer les arbitrages budgétaires.
Cette approche, classique dans la gestion des grands réseaux européens ou nord-américains, est encore peu répandue en Afrique subsaharienne. Egis en fait son cheval de bataille.
La communication et le changement de comportement : le socle oublié
Stéphane Dagba a conclu son intervention par un point souvent négligé dans les projets techniques : la communication. Pour lui, aucune stratégie, aussi brillante soit-elle, ne fonctionnera sans une adhésion collective.
« Tout cela ne saurait se faire sans une bonne communication qui est vraiment le socle, parce que le patrimoine routier c’est d’abord une affaire de tous. Donc tous les usagers, toutes les parties prenantes doivent l’intégrer sur le changement de comportement. »
Egis propose ainsi d’intégrer un volet communicationnel dans sa feuille de route, destiné à sensibiliser les riverains, les transporteurs, les concessionnaires et les élus locaux à leur rôle dans la préservation du réseau. Car une route bien entretenue commence aussi par des comportements responsables.
- Calendrier et livrables : ce que le Cameroun peut attendre d’Egis
L’étude menée par le groupement s’articule autour de trois grandes phases, dont les livrables sont clairement identifiés :
Phase Activités principales Résultats attendus
Phase 1 Diagnostic complet du système actuel (30 ans de recul, état des lieux, estimation du patrimoine, analyse des acteurs et du financement) R1 à R7
Phase 2 Élaboration de la stratégie sur 15 ans (résilience climatique, viabilité du Fonds Routier, système de planification pérenne) R8 à R10
Phase 3 Établissement de la feuille de route (objectifs court/moyen/long terme, réformes institutionnelles, ressources, gouvernance, calendrier) R11 à R12
À l’issue de ces travaux, le Cameroun disposera d’outils « vraiment fiables et opérationnels » à destination des ministères, des organismes professionnels, des concessionnaires et des usagers.
Egis, un partenaire technique pour une ambition nationale
En choisissant le groupement Egis Cameroun / MENSO Sarl, l’État du Cameroun et la Banque mondiale ont misé sur une approche à la fois technique, financière et humaine. Loin d’un simple rapport d’expertise, ce que propose Egis est une véritable transformation du système d’entretien routier : diagnostic par drones, gestion patrimoniale, digitalisation des péages, soutien structurel aux PME, viabilité financière du Fonds Routier, et communication citoyenne.
Comme l’a résumé Stéphane Dagba : « L’entretien du patrimoine routier n’est donc pas une dépense, mais un investissement indispensable pour la pérennité du réseau, la sécurité des usagers et le développement du Cameroun dans la poursuite de sa Vision 2035. »

