La Région de l’Extrême-Nord du Cameroun, confrontée à une multiplication et une intensification des chocs climatiques, des crises sécuritaires et des pressions sur les ressources naturelles, a franchi ce 22 Juillet une étape importante dans le renforcement de sa capacité à anticiper, préparer et répondre aux catastrophes. C’est en effet en présence des plus hautes autorités régionales, des services techniques de l’État, des collectivités territoriales, des partenaires humanitaires et des représentants des communautés que s’est tenu, au Gouvernorat de Maroua, l’atelier de lancement officiel du projet intitulé « Renforcement des systèmes de gestion des risques coordonnés pour une préparation, une anticipation et une réponse rapide et efficace aux chocs climatiques dans l’Extrême-Nord du Cameroun ».
Cette initiative, qui entre dans sa troisième phase, est mise en œuvre par un consortium conduit par l’Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture (FAO), avec le soutien financier de la Direction générale de la protection civile et des opérations d’aide humanitaire européennes (DG ECHO). Elle s’inscrit dans la continuité des efforts déployés depuis 2021 pour doter les territoires et les populations d’outils opérationnels de prévention, d’alerte précoce et d’action anticipatoire, dans une région parmi les plus vulnérables du pays.
Une cérémonie placée sous le signe de la mobilisation collective
La cérémonie a été marquée par les allocutions des principaux acteurs du projet. Prenant la parole au nom de la FAO, M. Gérald Tchatchoua, Chargé des programmes, a d’abord tenu à exprimer la profonde gratitude de l’organisation à l’endroit de Monsieur le Gouverneur de la Région de l’Extrême-Nord et de l’ensemble de ses services, dont la présence a illustré « l’engagement constant des autorités camerounaises en faveur de la protection des populations et du renforcement de leur résilience face aux crises ». Il a également adressé les remerciements de la FAO au Gouvernement de la République du Cameroun pour la confiance renouvelée accordée à l’organisation dans la mise en œuvre de programmes stratégiques pour la sécurité alimentaire, les moyens d’existence et la résilience communautaire.
Dans son intervention, M. Tchatchoua a tenu à souligner le caractère multidimensionnel des risques qui pèsent sur l’Extrême-Nord : « effets des changements climatiques, inondations récurrentes, épisodes de sécheresse, dégradation des ressources naturelles, déplacements de populations et défis sécuritaires fragilisent durablement les moyens d’existence des ménages. » Face à ce constat, il a rappelé avec force que « l’action humanitaire ne peut plus se limiter à répondre aux crises lorsqu’elles surviennent. Notre responsabilité collective est désormais d’agir en amont, en investissant dans la préparation, l’anticipation et la réduction des risques. » Cette vision constitue précisément la philosophie centrale du projet dont la nouvelle phase a été lancée.
Des acquis concrets et une ambition consolidée
Depuis 2021, l’approche portée par le consortium a déjà transformé la manière dont les communautés font face aux aléas. M. Tchatchoua a rappelé les avancées significatives enregistrées : mise en place de 150 comités communautaires actifs dans 12 communes, élaboration de 12 plans communaux multirisques, renforcement du dispositif d’alerte décadaire de l’Observatoire National sur les Changements Climatiques (ONACC), et prépositionnement de stocks de contingence ayant permis de raccourcir les délais d’intervention. L’exemple le plus parlant de cette dynamique anticipatoire est celui de la commune de Blangoua, où en 2025, « 5 400 personnes ont reçu une aide avant que la crise ne les frappe, évitant ainsi une dégradation de leurs moyens de subsistance. »

La nouvelle phase du projet, qui couvrira 14 communes, dont deux nouvelles — Vélé et Kai-Kai —, vise à consolider ces acquis tout en élargissant la couverture et en approfondissant l’ancrage institutionnel. À terme, plus de 366 000 personnes bénéficieront directement des activités. L’ambition affichée est claire : que les communautés disposent de systèmes d’alerte plus performants, qu’elles soient mieux préparées à planifier et coordonner les réponses, que les institutions nationales aient accès à des données fiables pour éclairer leurs décisions, et que les mécanismes de financement de la préparation aux catastrophes soient renforcés pour réduire progressivement la dépendance à l’urgence.
L’innovation au service de l’anticipation et de l’inclusion
L’une des grandes innovations de cette troisième phase réside dans le renforcement des actions anticipatoires. Grâce à une meilleure utilisation des informations climatiques, hydrologiques et communautaires, il sera désormais possible d’agir avant que les catastrophes ne produisent leurs effets les plus dévastateurs. Concrètement, cela permettra de protéger les exploitations agricoles avant les inondations, d’organiser des évacuations préventives, de prépositionner les stocks de secours et de mobiliser rapidement les ressources en faveur des populations les plus vulnérables.
Par ailleurs, le projet met un accent particulier sur la coordination entre les différents niveaux de gouvernance — depuis les communautés jusqu’aux institutions nationales — en consolidant les liens entre les mécanismes locaux de préparation, la Direction de la Protection Civile (DPC), l’ONACC, les services météorologiques et les autres partenaires techniques. Cette approche intégrée, a souligné le représentant de la FAO, permettra d’améliorer la circulation de l’information, la prise de décision et l’efficacité des interventions.
Dans son discours, M. Tchatchoua a également insisté sur l’importance de placer les acteurs locaux au cœur du dispositif. « Les solutions durables ne peuvent être construites qu’avec les institutions nationales, les collectivités territoriales décentralisées et les communautés elles-mêmes », a-t-il affirmé. Le projet accorde ainsi une place centrale au renforcement du leadership des autorités camerounaises et à la participation active des communes, en cohérence avec le principe de localisation de l’action humanitaire.
Une attention particulière est également portée aux femmes, aux jeunes et aux personnes vivant avec un handicap. Les femmes, qui sont trop souvent en première ligne face aux chocs climatiques — dans les champs, dans la gestion de l’eau et de l’alimentation du foyer — mais trop rarement associées aux décisions qui les concernent, seront pleinement représentées dans les comités locaux de gestion des risques, aux côtés des jeunes et des personnes vivant avec un handicap.
Le message de la DG ECHO : consolider et pérenniser les acquis
Prenant la parole après le représentant de la FAO, M. Muhameda TULUMOVIC, Représentant de la DG ECHO, a salué l’engagement de l’ensemble des partenaires et s’est réjoui de la poursuite de l’accompagnement européen. Il a notamment rappelé que « cette cérémonie marque le début de la troisième phase d’un engagement que la DG ECHO soutient depuis 2021 aux côtés de la FAO et des membres du consortium. Durant ces cinq dernières années, nous avons accompagné la mise en place progressive d’approches innovantes de préparation aux catastrophes et d’action anticipatoire dans l’Extrême-Nord. »
Le représentant de la DG ECHO a mis en avant les progrès déjà accomplis — plans communaux multirisques, systèmes d’alerte précoce renforcés, mécanismes communautaires opérationnels, coordination renforcée — tout en soulignant l’importance de la nouvelle phase pour « consolider les acquis et renforcer leur ancrage institutionnel ». L’objectif, a-t-il précisé, est que « les outils, les mécanismes de coordination, les systèmes d’alerte et les dispositifs de préparation développés depuis 2021 soient de plus en plus portés par les collectivités territoriales, les services techniques de l’État, les structures communautaires et les institutions nationales concernées. » C’est à cette condition que la durabilité des résultats pourra être assurée face à la fréquence croissante des chocs climatiques.
M. TULUMOVIC a également salué le rôle central joué par la Direction de la Protection Civile, l’ONACC, les autorités régionales et les communes, ainsi que la complémentarité des partenaires du consortium : Action contre la Faim, la Croix-Rouge française, la Croix-Rouge camerounaise, CODAS Caritas, CADEPI et l’ONACC, dont l’expertise et la connaissance fine du contexte local sont des atouts précieux pour la réussite du projet.
Un atelier technique pour poser les bases d’une mise en œuvre efficace
L’atelier de lancement officiel, qui s’est tenu le 23 juillet, a été précédé, les 21 et 22 juillet, d’une rencontre technique ayant réuni les membres du consortium, les acteurs du Réseau Réduction des Risques et de Management (RRM), le cadre de coordination ABC, la Plateforme PRGRC, ainsi que le bailleur. Cette phase préparatoire a permis de consolider l’approche programmatique et partenariale en passant en revue les outils, les mécanismes de coordination et le dispositif de suivi-évaluation, tout en favorisant le partage d’expériences en vue d’une meilleure capitalisation.
Les travaux en groupes et les restitutions en plénière ont abouti à la validation d’un cadre stratégique et opérationnel consensuel, assorti de priorités d’intervention clairement définies. Parmi les livrables attendus figurent un plan d’action consolidé avec un chronogramme détaillé, une matrice RACI clarifiant les rôles et responsabilités, un cadre de gouvernance du consortium incluant des mécanismes de coordination, de suivi-évaluation, redevabilité et apprentissage (SERA), ainsi qu’un plan de communication et de visibilité. Une cartographie actualisée des acteurs et initiatives dans les zones cibles a également été élaborée pour faciliter les synergies.
Ces travaux ont débouché sur un ensemble de recommandations stratégiques et opérationnelles, dont les grandes lignes ont été partagées lors de la séance officielle du 23 juillet avec l’ensemble des parties prenantes, garantissant ainsi une appropriation collective et une planification concertée.
Un message d’espoir et d’engagement collectif
Au terme des discours, M. Tchatchoua a tenu à adresser un message particulier aux communautés bénéficiaires, aux volontaires et aux leaders traditionnels présents : « Ce projet est avant tout le vôtre. Il ne remplace pas votre savoir de la terre et du climat de cette région ; il vient l’outiller, pour que l’alerte que vous connaissez déjà par expérience puisse désormais s’appuyer aussi sur la donnée, et arriver un peu plus tôt, un peu plus loin. Votre participation active, votre engagement et votre appropriation des mécanismes qui seront mis en place constitueront la véritable garantie de leur pérennité. »
M. TULUMOVIC, pour sa part, a conclu en renouvelant les remerciements de la DG ECHO à l’ensemble des autorités et partenaires, tout en rappelant que « les défis restent nombreux, mais les résultats obtenus depuis 2021 démontrent que lorsque les institutions, les communautés et les partenaires travaillent ensemble autour d’une vision commune, des progrès durables sont possibles. »
L’atelier de Maroua s’est achevé sur une note d’engagement renouvelé, dans un esprit de partenariat, d’écoute et de responsabilité partagée. Alors que les effets du dérèglement climatique se font de plus en plus pressants dans l’Extrême-Nord, ce projet incarne une réponse concrète, anticipative et inclusive, où chaque acteur — de la communauté villageoise au niveau national — a un rôle à jouer pour bâtir un avenir plus sûr et plus résilient pour des centaines de milliers de Camerounais.
Le projet « Renforcement des systèmes de gestion des risques coordonnés pour une préparation, une anticipation et une réponse rapide et efficace aux chocs climatiques dans l’Extrême-Nord du Cameroun » est financé par la Direction générale de la protection civile et des opérations d’aide humanitaire européennes (DG ECHO) et mis en œuvre par un consortium conduit par la FAO, en partenariat avec les autorités nationales, les collectivités territoriales et les organisations de la société civile.

