SOCIETE

GEO-CACAO : Le Guichet Unique des Producteurs de Cacao voit le jour pour raccorder la brousse à la haute finance

Written by Annette Olinga

Le Consortium privé interprofessionnel GEO-CACAO a procédé, ce 30 octobre 2026, au lancement du Guichet Unique des Producteurs de Cacao au Cameroun, sous le parrainage du MINCOMMERCE et du MINADER. Ce dispositif inédit ambitionne de centraliser l’offre commerciale et de raccorder directement les réseaux de brousse à la haute finance, sans intermédiaires opportunistes.

L’écosystème s’appuie sur trois piliers agrofinanciers exclusifs. Le premier, le FONDS-CACAO, est destiné aux crédits de campagne. Le deuxième, la CAISTAB-CACAO, est une caisse de stabilisation privée fonctionnant sur compte séquestre, garantissant un prix plancher stable déconnecté de la volatilité boursière. Le troisième, la MUPLES, constitue une mutuelle dédiée à la couverture maladie, à la prévoyance et à l’éducation.

Cette restructuration majeure de l’offre d’Afrique centrale a été officiellement adressée et notifiée aux places boursières, chambres de commerce et courtiers de négoce de Londres (ICE), New York (NYBOT), Amsterdam (Euronext), Tokyo (TOCOM), Taïwan, Moscou, Lagos et Abidjan.

« Un acte de refondation »

« C’est avec une profonde émotion et une immense fierté que je prends la parole devant cette assemblée unique. Regarder cette salle, c’est contempler l’écosystème de l’or brun au grand complet », a déclaré Ntyam Ntyam Philémon, administrateur président de GEO-CACAO, lors de la cérémonie tenue à l’hôtel de ville de Yaoundé.

Selon lui, l’initiative « n’est pas une simple réunion. C’est un acte de refondation. C’est l’avènement d’un guichet unique des producteurs à ne pas confondre avec le guichet producteur », ce dernier étant « une affaire officielle de l’État ». Le responsable a insisté sur la nécessité de « lever les quiproquos » entourant ce dispositif.

Un actif stratégique face à la finance internationale

« Le cacao n’est pas un simple produit agricole. C’est une matière première mondiale, un actif hautement stratégique qui s’achète, se vend et se compense instantanément en devise sur les places boursières de Londres, de New York », a rappelé M. Ntyam Ntyam. Il a souligné que « quand il y a des prix décidés à la bourse de Londres, nous sommes impactés dans nos bassins », appelant à ce que « chaque processus qui se prend dans nos bassins puisse influencer ce marché, parce que le cacao du Cameroun est unique ».

Le président de GEO-CACAO a dressé un constat sévère : « Malgré 40 années de libéralisation, notre marché est resté profondément désorganisé. Le paysan isolé dans son verger s’est trop souvent retrouvé sans protection face à la volatilité sauvage des cours boursiers. »

Une architecture de droit privé régie par l’OHADA

Le dispositif repose sur « une architecture complète de droit privé régie par l’acte uniforme OHADA ». La CAISTAB-CACAO fonctionne sur le modèle du compte séquestre bancaire, ce qui signifie, selon l’administrateur, que « si vous présentez l’opération, il n’y a rien à toucher dedans ». Il a tenu à rassurer : « Vos argent ne sera pas géré par des entités ni institutionnelles ni internationales. Il s’agit de ce que j’appelle la réponse du producteur au producteur. »

M. Ntyam Ntyam a également mis en garde contre les multinationales : « Quand elles descendent en brousse, c’est pour vous dépouiller. Il est bon que le producteur ait un bouclier avec lequel il peut dire : je participe de façon honnête, de façon équitable, de façon durable à la filière. »

Le FONDS-CACAO pour desserrer la contrainte du crédit

Évoquant les difficultés d’accès au financement, l’administrateur président a partagé une expérience personnelle : « Chaque fois que je suis allé auprès d’une banque, ça a toujours été très difficile de pouvoir dire : j’ai 100 hectares, j’ai besoin d’un crédit. » Il a salué l’accompagnement de la Commercial Bank of Cameroon, représentée par son Directeur général Léandre Djummo, avant de préciser : « Vous n’aurez plus besoin d’utiliser votre titre foncier pour aller demander à la banque de vous donner de l’argent, parce que le fonds cacao va émettre la garantie qui vous permettra d’avoir n’importe quel crédit bancaire. »

La MUPLES, une protection sociale pour les planteurs

L’administrateur a illustré la nécessité de la MUPLES par une anecdote poignante : « Le plus grand cacaoculteur de ma contrée a eu un accident de moto. Un homme qui a près de 100 hectares s’est retrouvé sans soins. Le village a dû se réunir pour lui apporter des soins, mais il est ressorti handicapé. » Il a conclu : « Quelqu’un qui a 100 hectares doit avoir une assurance sociale, une assurance vie. À partir d’aujourd’hui, vous n’êtes plus seuls. »

Coopératives et PCA appelés à souscrire

Les coopératives et leurs Présidents de Conseils d’Administration (PCA) sont naturellement attendus pour souscrire comme sociétaires du GIE, c’est-à-dire actionnaires de GEO-CACAO. Ils recevront des livrets donnant droit à des parts sociales dans les institutions telles que la CAISTAB-CACAO, le FONDS-CACAO et la MUPLES. Les acteurs de premier plan du Guichet Unique sont par conséquent invités à signer le Pacte de convergence de la Convention collective.

Un appel à une nouvelle révolution verte

Dénonçant « une authentique conspiration pour détruire nos villages à petit feu », marquée par l’exode rural, les alcools frelatés et les drogues, l’administrateur a appelé à renouer avec l’héritage de l’ex-ONCPB : « Le planteur de cacao n’était pas un mendiant ; il était le pilier économique de la nation, respecté et protégé contre les spéculations internationales. »

« Nous appelons solennellement les travailleurs de la terre à une nouvelle révolution verte. En nous unissant comme un seul homme, nous avons désormais le pouvoir de dicter nos règles, de contrôler nos ressources, de fédérer nos productions et d’imposer nos prix sur nos matières premières », a-t-il lancé. « C’est justement la mission historique de GEO-CACAO : partir du cacao pour recréer un écosystème agrofinancier susceptible de réorganiser, de reconstruire nos fondations rurales et de protéger nos patrimoines ancestraux. »

Une massification de l’offre pour peser sur les négociations

Interrogé sur l’impact du Guichet Unique, un responsable du consortium a expliqué : « La mise en place d’un guichet unique change la vie en ce sens qu’elle permet dorénavant au producteur de ne plus évoluer en rang dispersé. On dit souvent que seul on va plus vite, mais ensemble on est plus fort. » Et de conclure : « Cela va permettre aux producteurs d’avoir la puissance nécessaire dans les négociations des prix du cacao et donc d’améliorer forcément leurs conditions de vie. »

Un GIE de droit privé agréé par le MINCOMMERCE

GEO-CACAO est un Groupement d’Intérêt Économique (GIE) de droit privé, régi par l’Acte Uniforme de l’OHADA relatif au droit des sociétés commerciales et du GIE. Il est constitué par décision unanime des Unions de Coopératives agricoles et du Collège des Producteurs du Bassin Centre-Sud-Est, et bénéficie d’un agrément du Ministère du Commerce au titre d’Organisme Professionnel d’Intérêt Économique Majeur.

Sa mission consiste à centraliser l’offre commerciale globale du bassin afin de massifier les volumes et d’exécuter les opérations de commercialisation collective. Le GIE assure l’intermédiation directe entre la base productive et les exportateurs ou transformateurs industriels agréés.

Des personnalités de premier plan mobilisées

La cérémonie a réuni plusieurs personnalités officielles, dont Gabriel Mbaïrobe, Ministre de l’Agriculture et du Développement Rural, Luc Magloire Mbarga Atangana, Ministre du Commerce, et Léandre Djummo, Directeur général de la Commercial Bank of Cameroon. Une master class a par ailleurs réuni des experts de premier plan, parmi lesquels le Président James Onobiono, capitaine d’industrie, le Ministre Sale Charles, PCA de l’Université de Bertoua, Bénédict Belibi, PCA du CEPI et expert financier, Victor Ngue, opérateur économique, Maître Lazare Atou, huissier de justice et gestionnaire des actifs résiduels de l’ex-ONCPB, Brice Ekata Mvondo, expert en stratégies de développement, Joseph Marie Eloundou, économiste, et Maître Honorine Banga Assam, avocate d’affaires.

Avec ce dispositif, les producteurs camerounais de cacao entendent reprendre la main sur la financiarisation de leur filière et obtenir une meilleure valorisation de l’or brun issu de leurs terroirs.

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