La Mauritanie, vaste territoire saharien coincé entre le Maroc, le Sénégal et le Mali, demeure l’un des pays les moins fréquentés de la planète. Pourtant, derrière cette discrétion se cache un pays d’une richesse extraordinaire, traversé de contradictions saisissantes : des dunes dorées qui font rêver les aventuriers, une capitale suffocante privée d’électricité, et une baie hantée par des centaines d’épaves oubliées. Portrait d’une nation en mouvement.
Nouakchott à bout de souffle face aux coupures d’électricité
Dans la capitale mauritanienne, les habitants vivent depuis plusieurs semaines sous une double pression : celle d’une chaleur accablante qui dépasse régulièrement les 40 degrés Celsius, et celle de délestages électriques qui se répètent sans relâche. Ces interruptions de courant, parfois étirées sur de longues heures, rendent la vie quotidienne particulièrement éprouvante pour les familles de Nouakchott.
Sans ventilateurs ni climatiseurs fonctionnels, les populations les plus vulnérables — jeunes enfants, personnes âgées, malades — se retrouvent exposées à des risques sanitaires réels. Les commerçants voient leurs marchandises périssables se détériorer, tandis que les petits artisans et les travailleurs indépendants subissent des pertes économiques directes. Cette crise énergétique, loin d’être nouvelle, illustre la fragilité des infrastructures dans un pays où la demande en électricité croît plus vite que les capacités de production et de distribution.
Pour de nombreux Nouakchottois, cette situation est vécue comme une injustice supplémentaire dans un contexte où les inégalités sociales restent profondes. Les quartiers aisés disposent souvent de groupes électrogènes privés, tandis que les zones populaires subissent de plein fouet les conséquences des délestages.
Un tourisme désertique qui cherche à se réinventer
Loin des difficultés urbaines, la Mauritanie recèle des paysages d’une beauté à couper le souffle. L’Adrar, ses canyons ocre et ses oasis perdues, ou encore les immensités de l’Erg Ouarane attirent progressivement des voyageurs en quête d’authenticité et d’évasion loin des sentiers battus. Le tourisme local commence à se réorganiser autour d’expériences de bivouac en plein désert, portées par des guides et des opérateurs mauritaniens qui misent sur la proximité avec les populations nomades et la préservation des traditions sahariennes.
Cette renaissance touristique reste cependant fragile. Pendant de nombreuses années, les tensions sécuritaires dans la région sahélo-saharienne ont considérablement freiné les flux de visiteurs étrangers. Le pays, qui avait connu un certain attrait touristique avant les années 2000, doit désormais reconstruire son image et rassurer les voyageurs potentiels. Les acteurs du secteur s’organisent, proposant des circuits alliant découvertes archéologiques, rencontres humaines et immersion dans un environnement naturel préservé.
La Mauritanie figure d’ailleurs parmi ces destinations qualifiées de « rares » par les observateurs internationaux du tourisme, ce qui constitue paradoxalement un argument de vente pour une clientèle de voyageurs expérimentés, lassés des destinations surpeuplées.
La baie des épaves, un cimetière marin à ciel ouvert
Au large des côtes mauritaniennes se trouve l’un des spectacles les plus insolites du continent africain : une baie où se concentrent près de trois cents navires abandonnés depuis les années 1980. Ces carcasses métalliques qui rouillent lentement dans les eaux atlantiques sont le témoignage d’une époque où les armateurs préféraient laisser leurs bateaux vieillir sur place plutôt que de prendre en charge les coûts prohibitifs de démantèlement.
Ce cimetière marin, visible depuis la côte, est devenu malgré lui un lieu singulier, photographié et documenté par des explorateurs et des journalistes du monde entier. Il pose également des questions environnementales sérieuses : la dégradation progressive de ces coques déverse des métaux lourds et des hydrocarbures résiduels dans un écosystème marin déjà sous pression. Pour les pêcheurs locaux, cette accumulation d’épaves représente à la fois un danger et, parfois, un récif artificiel qui favorise la concentration de certaines espèces.
Un pays aux multiples visages
La Mauritanie, souvent réduite à sa géographie désertique ou à ses indicateurs de développement, se révèle en réalité bien plus complexe. Pays à cheval entre l’Afrique subsaharienne et le monde arabe, il conjugue des héritages culturels multiples, une histoire ancienne marquée par les grandes cités caravanières comme Chinguetti ou Oualata, classées au patrimoine mondial de l’UNESCO.
Entre les défis du quotidien — énergie, eau, développement — et les atouts d’un territoire exceptionnel, la Mauritanie s’efforce de tracer sa propre voie. Un chemin semé d’obstacles, mais aussi porteur de promesses pour ceux qui prennent le temps de la découvrir vraiment.

