SOCIETE

RECCORRES-VBG : Un nouveau réseau national pour mieux accompagner les survivantes de VBG au Cameroun

Written by Annette Olinga

Le Centre des Nations Unies pour les Droits de l’Homme et la Démocratie en Afrique Centrale a abrité ce 5 Novembre 2026, la réunion de mise en place du Réseau Camerounais de Coordination et de Renforcement du Référencement des Survivantes des Violences Basées sur le Genre (RECCORRES-VBG). Cette initiative, portée par une coalition d’organisations de la société civile, marque une étape décisive dans l’amélioration de la prise en charge des survivantes de violences basées sur le genre (VBG) au Cameroun. La cérémonie s’est tenue en présence du représentant du Centre des Nations Unies pour les Droits de l’Homme et de la Démocratie en Afrique Centrale ainsi que de Madame Yvonne Flore Belema, Présidente de l’ONG (ACAHIJEC).

Lors de son allocution, Madame Yvonne Flore Belema a retracé la genèse de cette initiative, soulignant qu’elle constitue « la réponse de la main tendue du Ministère de la Promotion de la Femme et de la Famille ». En effet, lors d’une réunion ouverte aux organisations de la société civile, tenue le 13 octobre 2026 au sein dudit ministère et présidée par son Secrétaire Général, les OSC avaient exprimé leurs préoccupations quant aux goulots d’étranglement rencontrés dans la prise en charge des cas de VBG. « Nous nous sommes rendus compte qu’effectivement, il n’y avait pas une réponse cadrée, il n’y avait pas une réponse harmonisée dans la prise en charge des cas de VBG au Cameroun », a-t-elle déclaré. Le RECCORRES-VBG émerge ainsi comme une solution structurée à cette fragmentation des services.

Un mécanisme structuré autour de piliers d’intervention

Le nouveau réseau organise les acteurs de la lutte contre les VBG en fonction de leurs domaines d’expertise. Comme l’a expliqué la Présidente de l’ACAHIJEC, « les acteurs seront catégorisés par pilier », distinguant les organisations chargées de la prévention, celles œuvrant dans la prise en charge psychosociale, celles accompagnant les survivantes sur le plan légal et judiciaire, ainsi que celles impliquées dans l’autonomisation. Cette structuration vise à garantir qu’une survivante, quel que soit son point d’entrée dans le dispositif, puisse être orientée efficacement vers les services appropriés. « Elle sait que nous savons dans le réseau que telle OSC, telle association peut l’accompagner sans qu’elle n’ait à se décourager dans le parcours et qu’elle n’ait tout le temps à raconter son histoire », a précisé Madame Belema, mettant en avant la réduction de la revictimisation comme objectif central du mécanisme.

Une vision centrée sur la survivante

Le document de présentation du RECCORRES-VBG définit une vision ambitieuse : « Un Cameroun où toute survivante de violences basées sur le genre peut accéder, sans discrimination, à une prise en charge sûre, coordonnée, confidentielle, respectueuse de ses droits et adaptée à ses besoins. » Cette approche s’articule autour de principes directeurs stricts, notamment le consentement éclairé, la confidentialité, la non-discrimination, la sécurité et la prévention de la revictimisation. Interrogée sur la question de la confidentialité, Madame Belema a été catégorique : « C’est le principe directeur dans notre réseau, c’est le principe directeur dans la gestion des cas de VBG. Il y a la confidentialité et également le consentement éclairé parce que nous faisons typiquement ce que la survivante décide qu’on fasse de son cas. »

Des services intégrés pour une prise en charge holistique

Le réseau ambitionne de couvrir l’ensemble du parcours de prise en charge des survivantes, depuis l’accueil jusqu’à la réinsertion. Les services identifiés incluent la santé (soins d’urgence, prise en charge clinique des violences sexuelles), le soutien psychosocial (première écoute, accompagnement psychologique), la protection sociale et l’hébergement temporaire sécurisé, l’assistance juridique et judiciaire, ainsi que l’autonomisation économique à travers des activités génératrices de revenus. Cette approche holistique vise à garantir que les survivantes bénéficient non seulement d’une écoute et d’une protection immédiates, mais également des moyens de reconstruire leur vie. Madame Belema a insisté sur l’importance des résultats concrets : « Le tout n’est pas de prendre une survivante, mais c’est de savoir qu’à la fin de la journée, qu’elle est satisfaite dans l’accompagnement. »

Un déploiement progressif sur l’ensemble du territoire

Le RECCORRES-VBG ambitionne une couverture nationale complète. « Le réseau sera dans toutes les 10 régions », a affirmé sa Présidente, précisant que le lancement actuel constitue une phase pilote tenant compte des quatre aires culturelles du pays. La phase d’extension est prévue entre janvier et mars 2027, avec l’installation du réseau dans les neuf autres régions. Ce déploiement progressif s’accompagnera de la légalisation du réseau, dont la forme juridique sera définie conformément au droit camerounais, ainsi que de la mise en place d’une gouvernance et de règles communes validées par les membres.

Un dispositif complémentaire aux services publics existants

Le document de présentation du réseau précise que le RECCORRES-VBG « ne se substitue pas aux services publics, aux structures spécialisées ni aux organisations qui assurent directement la prise en charge ». Il facilite leur complémentarité, clarifie les voies d’accès aux services et soutient une réponse plus cohérente, « sans créer de circuit parallèle qui exposerait les survivantes à des risques supplémentaires ». Cette approche collaborative vise à renforcer l’efficacité globale du système de protection, en assurant une meilleure coordination entre les différents intervenants et en réduisant les ruptures de prise en charge.

Vers une amélioration mesurable de la prise en charge

Le réseau s’engage à produire des données agrégées et anonymisées permettant d’identifier les lacunes de services et de formuler des recommandations pour le plaidoyer institutionnel. Des registres et tableaux de bord seront mis en place pour suivre les indicateurs de prise en charge, ventilés par type de violence, âge, genre et vulnérabilités spécifiques. Cette démarche fondée sur les données vise à garantir une amélioration continue du parcours de soins et à alimenter les politiques publiques en matière de lutte contre les VBG.

Le lancement du RECCORRES-VBG constitue une avancée significative dans la réponse institutionnelle aux violences basées sur le genre au Cameroun. En fédérant les acteurs de la société civile, en structurant les parcours de référencement et en plaçant la survivante au cœur du dispositif, ce réseau ambitionne de transformer durablement la prise en charge des victimes et de contribuer à une société plus protectrice et plus juste.

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