Sept ans après l’incendie du 31 mai 2019 qui a paralysé l’outil de production, la SONARA amorce sa renaissance avec un projet de réhabilitation et de modernisation ambitieux. Porté par une enveloppe de 700 milliards FCFA et articulé autour d’un hydrocraqueur, le projet vise à porter la capacité de traitement à 3,5 millions de tonnes par an, réduire de 80% les importations de produits raffinés et aligner la production sur les normes environnementales AFRI 5 et AFRI 6. Un partenariat public-privé de type DBFM en garantit la viabilité financière et opérationnelle.
Le ministre des Finances, Louis Paul Motaze, a officiellement lancé à l’hôtel Hilton de Yaoundé la Consultation internationale du marché (Market Sounding) relative au projet de réhabilitation et de modernisation de la Société Nationale de Raffinage (SONARA). Un actif stratégique en arrêt depuis 2019.
Pour comprendre l’ampleur du projet, il est essentiel de rappeler le chemin parcouru. Créée en 1973 et mise en service en 1981, la SONARA a connu près de quatre décennies de fonctionnement normal selon un schéma de hydro-skimming, une configuration simple mais efficace. Tout bascule dans la nuit du 31 mai 2019, « journée noire » selon les termes du directeur général Harouna Bako, lorsqu’un incendie majeur ravage quatre des treize unités principales. L’outil de production est contraint à un arrêt prolongé, plongeant le Cameroun dans une dépendance accrue aux importations de produits pétroliers raffinés.
Depuis 2020, la SONARA fonctionne en mode « trading », se contentant d’importer des produits pour le compte de la structure logistique de l’État. Cette situation expose le pays à la volatilité des cours mondiaux et pèse lourdement sur la balance commerciale et les réserves de devises.
Une ambition nouvelle : réhabilitation ET modernisation
Le projet présenté ce 29 juin marque un changement d’échelle majeur. Il ne s’agit plus seulement de réparer les installations endommagées : le gouvernement a décidé de fusionner la reconstruction post-sinistre avec la deuxième phase du plan de modernisation, longtemps envisagée séparément.
Le périmètre du projet s’articule autour de deux axes complémentaires :
La réhabilitation consiste à remettre en état les unités impactées par le sinistre : distillation atmosphérique, stabilisation, conditionnement des GPL, traitement des eaux de procédé et cogénération.
La modernisation vise à doter la raffinerie d’unités de conversion profonde, à commencer par un hydrocraqueur permettant de valoriser le brut camerounais jusqu’ici sous-exploité. S’y ajoutent une unité d’isomérisation pour améliorer les indices d’octane et une unité de désulfuration du gazole, afin d’aligner la production sur les normes environnementales internationales AFRI 5 et AFRI 6 ainsi que les spécifications MARPOL.
La capacité de traitement sera portée de 2,1 à au moins 3,5 millions de tonnes par an, permettant de réduire de 80 % les importations de produits raffinés et de repositionner le Cameroun comme un acteur central de l’approvisionnement en Afrique centrale et dans la CEMAC.
Un coût revu à la hausse : 700 milliards de FCFA
Initialement évalué à 250 milliards de FCFA pour la seule réhabilitation, le projet est désormais chiffré à 700 milliards de FCFA. Cette enveloppe reflète l’ambition transformatrice de l’État : faire de la SONARA non plus une simple raffinerie remise en marche, mais un outil industriel moderne, compétitif et durable.
Un partenariat public-privé de type DBFM
Le gouvernement a opté pour un montage en partenariat public-privé (PPP) selon un schéma contractuel intégré Design-Build-Finance-Maintain (DBFM). Ce modèle repose sur une répartition claire des rôles :
· Design : le partenaire privé est associé à la conception du schéma de raffinage optimum.
· Build : il assure la construction effective des installations.
· Finance : il contribue au bouclage financier du projet.
· Maintain : il prend en charge les niveaux de maintenance les plus stratégiques (assistance technique de niveaux 4 et 5).
À la différence des contrats BOT (Build-Operate-Transfer) utilisés par le passé, le modèle DBFM laisse la SONARA propriétaire de l’ensemble des infrastructures et responsable de l’exploitation quotidienne. La rémunération du partenaire privé est adossée aux revenus du projet, sécurisés par un compte dédié et des mécanismes de garantie de revenus de la part de l’État.
Un cadre institutionnel et juridique solide
Le projet bénéficie d’un ancrage présidentiel fort, procédant de Très Hautes Instructions du Président de la République. Il s’appuie sur un cadre juridique moderne, notamment la Loi n°2023/008 du 25 juillet 2023 régissant les PPP, et sur l’appui du CARPA, l’organisme public spécialisé dans l’accompagnement aux partenariats public-privé.
La gouvernance du projet est assurée par deux instances dédiées :
· La Plateforme Stratégique Interministérielle, créée par la convention-cadre de restructuration signée le 25 mai 2026.
· La Commission multisectorielle d’Accompagnement, installée le 14 avril 2026 et présidée par le ministère des Finances, qui réunit l’ensemble des départements ministériels concernés.
Des mesures d’accompagnement et de soutien
L’État a mis en place des dispositifs destinés à rassurer les investisseurs et à garantir la viabilité du projet :
· Mécanismes de soutien financier via la structure des prix des produits pétroliers, dédiés au remboursement des dettes cristallisées au 31 décembre 2019, à la conservation des unités non impactées et à la garantie de remboursement des financements.
· Engagement social tenu : depuis le sinistre, le gouvernement a maintenu l’intégralité des emplois à la SONARA, préservant ainsi le capital humain indispensable à la relance.
· Mesures d’incitation douanière et fiscales, ainsi qu’une protection commerciale via l’octroi de 80 % de la part du marché local.
Un calendrier ambitieux
Le market sounding des 29 et 30 juin 2026 marque le point de départ d’un processus structuré :
· T4 2026 : lancement de l’appel public à manifestation d’intérêt.
· T3 2027 (septembre) : bouclage financier (closing).
· 36 mois de travaux : réhabilitation et construction, avec un phasage qui sera affiné après les études FEED menées conjointement avec le partenaire privé.
Une cérémonie sous le signe de la mobilisation nationale
La cérémonie d’ouverture a réuni de nombreuses personnalités, témoignant de l’engagement de l’ensemble des forces vives de la nation. Ont notamment pris part aux travaux : le ministre de l’Eau et de l’Énergie, le ministre de l’Environnement, le ministre de l’Agriculture et du Développement rural, le ministre par intérim des Mines, de l’Industrie et du Développement technologique, ainsi que la Présidente du Conseil d’administration de la SONARA. Étaient également présents les directeurs généraux des Douanes et des Impôts, ainsi que de nombreux acteurs du secteur pétrolier, des représentants d’institutions financières internationales, des banques d’investissement et des cabinets-conseils spécialisés.
Vers une souveraineté énergétique retrouvée
Ce projet de réhabilitation-modernisation est bien plus qu’un simple chantier industriel. Il incarne la volonté du Cameroun de reconquérir sa souveraineté énergétique, de réduire sa dépendance aux importations et de se repositionner comme un acteur clé de l’approvisionnement en produits pétroliers dans la sous-région CEMAC. En valorisant le brut local et en produisant des carburants conformes aux standards internationaux, la nouvelle SONARA ambitionne de devenir un levier de développement économique durable et un moteur de l’intégration régionale.
L’heure est désormais à la mobilisation des investisseurs. Le market sounding ouvert ce 29 juin 2026 à Yaoundé constitue la première pierre d’un édifice qui, dans les années à venir, redonnera à la raffinerie de Limbé sa place de fleuron industriel du Cameroun.

