SOCIETE

Vieillissement : La CDHC appelle à repenser les systèmes pour vivre plus longtemps

Written by Annette Olinga

À l’occasion de la 36e Journée internationale des personnes âgées, célébrée le 1er octobre 2026, la Commission des droits de l’homme du Cameroun (CDHC) a rendu publique une déclaration dans laquelle elle invite les pouvoirs publics à adapter en profondeur les politiques publiques au vieillissement accéléré de la population et à l’allongement de l’espérance de vie. Le thème de cette édition, « L’ère de la longévité : repenser les systèmes pour vivre plus longtemps », est jugé particulièrement pertinent par la Commission.

Celle-ci rappelle que ces transformations démographiques majeures exigent une adaptation structurelle des politiques publiques, des systèmes de protection sociale, de l’offre de soins, des infrastructures urbaines et des mécanismes favorisant l’inclusion active des personnes âgées. Elle appelle notamment à restructurer les systèmes de santé, de protection sociale, d’organisation et de financement des soins, d’emploi et d’apprentissage tout au long de la vie, afin que les progrès de la médecine et du développement se traduisent par des années supplémentaires vécues dans la dignité, la bonne santé et l’autonomie, dans un cadre sécurisant, tout en renforçant la solidarité intergénérationnelle.

La Commission salue les efforts des autorités publiques et de leurs partenaires pour adapter les politiques nationales à la transition démographique. Elle cite notamment l’organisation, le 7 avril 2026 à Yaoundé, d’un Forum communautaire de plaidoyer et de partage d’expériences à l’occasion de la Journée mondiale de la santé, sous la coordination du Dr Laure Ciaffi et sous le patronage du ministère de la Santé publique (MINSANTE). Ce forum, lancé simultanément au Cameroun et au Sénégal en 2020 par l’équipe du projet interpays VIHeillir, a permis de formuler des propositions pour améliorer la qualité de vie des personnes âgées, y compris celles vivant avec le VIH ou des maladies chroniques, et pour renforcer la prise en charge des personnes de plus de 60 ans. Parmi les pistes évoquées figurent leur intégration dans la Couverture santé universelle (CSU) et la mise en place de paquets de soins subventionnés adaptés à leurs besoins.

La Commission se dit toutefois profondément préoccupée par l’insuffisante adaptation des équipements et des compétences de certaines formations sanitaires aux problèmes de santé des personnes âgées, notamment en matière de prévention, de prise en charge des maladies chroniques, de soins palliatifs et de suivi de proximité.

Elle souligne également que la corruption et les détournements de biens publics compromettent directement la jouissance effective des droits des personnes âgées. En réduisant les ressources affectées aux infrastructures de santé et de protection sociale, ils limitent la disponibilité et la qualité des soins. Ces pratiques accentuent la vulnérabilité liée à l’âge, notamment lorsque l’accès aux soins de base ou le bénéfice légitime d’une pension de retraite est conditionné par des passe-droits ou des paiements indus, au risque d’exclure les aînés les plus démunis de services essentiels.

Rappelant sa déclaration du 1er octobre 2025, la Commission réitère ses recommandations au ministère de la Jeunesse et de l’Éducation civique (MINJEC), en liaison avec le ministère des Affaires sociales (MINAS), afin de renforcer la participation des personnes âgées aux dispositifs de volontariat, dans le respect de leur libre choix. Elle s’appuie sur le « Projet Volontariat Sénior » pour valoriser leur expérience dans l’éducation civique, la transmission des savoirs ou l’accompagnement communautaire, selon leurs intérêts et aptitudes.

La Commission formule en outre des recommandations spécifiques. Elle demande au MINSANTE, au MINAS et au ministère du Travail et de la Sécurité sociale (MINTSS) d’accélérer l’intégration opérationnelle, dans la CSU, d’un panier de soins adaptés aux personnes âgées. Celui-ci devrait garantir le dépistage régulier des maladies chroniques, la prise en charge de la santé mentale, l’accès aux soins palliatifs et aux services médicaux de proximité, dans le respect du consentement libre et éclairé des intéressés.

Enfin, elle recommande au ministère des Postes et Télécommunications (MINPOSTEL), à l’Agence nationale des technologies de l’information et de la communication (ANTIC) et au MINAS d’élaborer et de mettre en œuvre un plan national d’alphabétisation et d’inclusion numérique des personnes âgées. Ce plan devrait intégrer des interfaces simplifiées, la formation aux technologies usuelles et la sensibilisation aux risques d’escroquerie en ligne, tout en garantissant le maintien de modalités non numériques d’accès aux démarches administratives et financières essentielles, au moyen de guichets physiques dédiés et d’un accompagnement humain.

Pour la Commission, l’enjeu est clair : faire de la longévité une chance pour toute la société, et non une source de nouvelles vulnérabilités.

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