À l’occasion de la 53ᵉ édition de la Journée mondiale de l’environnement, célébrée ce 5 juin 2026 sous le thème « Maintenant pour le Climat » choisi par le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE), la Commission des droits de l’homme du Cameroun (CDHC) a rendu publique une déclaration forte. Celle-ci souligne l’urgence de passer de la parole aux actes face à la menace climatique, alors que la fenêtre permettant de limiter le réchauffement à 1,5 °C se referme dangereusement.
Un droit indissociable de la dignité humaine
La CDHC rappelle que la jurisprudence africaine est claire : la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples (CADHP) a affirmé que « le droit à un environnement satisfaisant est indissociable de la dignité humaine » et impose aux États des obligations positives d’action immédiate. Dans l’affaire emblématique SERAC c. Nigeria (2001), elle a notamment jugé que l’article 24 de la Charte africaine oblige les États à prévenir la pollution, promouvoir la conservation et garantir un développement écologiquement durable.
Au niveau national, le juge camerounais a également intégré cet impératif. La Cour suprême, dans l’arrêt n° 28/P du 27 mai 2010 (État du Cameroun c. Société forestière Hazim et compagnie), a posé des jalons importants en matière de responsabilité environnementale, confirmant que toute atteinte grave à l’équilibre climatique ou écologique constitue une menace directe à la vie et à la dignité.
Des progrès budgétaires, mais des défis persistants
La Commission salue les efforts des pouvoirs publics, notamment la promulgation par le chef de l’État de la loi de finances 2026, qui augmente le budget du ministère de l’Environnement, de la Protection de la nature et du Développement durable (MINEPDED) de 11,58 à 14,16 milliards FCFA, soit une hausse de 22,28 %. Cette enveloppe renforcée vise à lutter contre les changements climatiques, restaurer les paysages dégradés et améliorer la gouvernance environnementale.
Cependant, la CDHC déplore de graves désastres écologiques, en particulier sur le fleuve Wouri. Pollutions industrielles, résidus d’hydrocarbures, boues de vidange, huiles usagées, déchets solides et eaux de ballast non conformes perturbent durablement la biodiversité aquatique et menacent la santé des populations riveraines.
La Commission s’inquiète également de l’impunité relative de certains acteurs privés – notamment dans les secteurs minier, forestier et agro-industriel – qui contribuent fortement aux émissions de gaz à effet de serre sans toujours compenser les dommages causés. Elle souligne que la corruption reste un frein systémique à la préservation de l’environnement et à la gestion durable des ressources naturelles.
Des recommandations concrètes
Sur les 220 recommandations acceptées par le Cameroun lors de son passage au 4ᵉ cycle de l’Examen périodique universel (EPU) en mars 2024, trois portent sur le droit à un environnement sain. La CDHC les a ventilées aux structures étatiques compétentes.
Elle recommande au gouvernement et aux collectivités territoriales décentralisées de renforcer les investissements publics dans les infrastructures d’adaptation et de résilience climatique – drainage, protection contre les inondations, aménagement durable des zones urbaines denses – afin de réduire les risques sanitaires, économiques et sociaux liés aux catastrophes climatiques.
Enfin, la Commission en appelle aux citoyens, propriétaires, promoteurs et maîtres d’ouvrage : adoptez des comportements éco-citoyens responsables. Gestion appropriée des déchets, préservation des espaces verts, respect des règles d’urbanisme et des permis de construire, signalement des actes d’incivisme… La lutte pour le climat se gagne aussi par des gestes quotidiens.
« Maintenant pour le Climat » : un impératif que la CDHC fait sien, avec la ferme conviction que le développement durable ne saurait être une simple ambition, mais un cadre fondé sur la justice et le respect de la vie.

