Ce 28 Mai 2026 s’est ouvert au Palais de Verre Paul Biya, la conférence panafricaine « Femme Adapt Climat 2026 ». Placée sous le thème évocateur « Le Récit Positif Possible », cette rencontre de haut niveau marque une étape décisive dans la Tournée Panafricaine 2026 du Programme International Femme Adapt Climat, initié par l’ONG Migrations & Climat International (France) en partenariat avec les organisations FEEF et WOCA (Women and Climate Action). L’événement bénéficie du haut parrainage de l’Assemblée nationale du Cameroun et du parrainage du ministère de l’Environnement, de la Protection de la Nature et du Développement durable (MINEPDED), témoignant ainsi de l’engagement des plus hautes autorités du pays en faveur de l’adaptation climatique inclusive.

Dès les premières heures de la matinée, le Palais de Verre a accueilli une assemblée exceptionnelle mêlant représentants d’institutions nationales et internationales, diplomates, décideurs politiques, experts du climat et organisations de la société civile. La cérémonie d’ouverture a été marquée par la présence de plusieurs personnalités de premier plan, parmi lesquelles M. Hele Pierre, ministre de l’Environnement, de la Protection de la Nature et du Développement durable, le Très honorable Théodore Datouo, président de l’Assemblée nationale, le professeur Marie-Thérèse Abena Ondoa, ministre de la Promotion de la femme et de la famille, ainsi que M. Armand Claude Abanda, représentant résidant de l’IAI. La représentante pays de l’ONG Migrations et Climat International, Marie Florence Hond, a également pris part à cette cérémonie fondatrice.
Le constat posé par les organisateurs est sans appel : en Afrique, 80 % de la main-d’œuvre agricole est féminine, mais les femmes ne contrôlent qu’une infime partie des terres cultivables. Leur capacité d’adaptation au dérèglement climatique se heurte à un cercle vicieux d’inégalités structurelles – accès limité aux ressources financières et foncières, pauvreté chronique, surcharge domestique non reconnue et marginalisation dans les instances de décision politique. Face à cette réalité, la conférence « Femme Adapt Climat 2026 » s’est donnée pour mission de mettre en lumière les solutions concrètes portées par les femmes africaines face aux défis de l’adaptation climatique, des migrations environnementales et de la durabilité, tout en plaidant pour un accès facilité aux financements verts et la mise en place de politiques sociales inclusives visant à réduire la charge domestique qui pèse sur les épaules des femmes.

Prenant la parole devant l’assistance, Marie Florence Hond a livré un discours empreint d’émotion et de détermination. « Au récit positif impossible que vous voulez que les Camerounais retiennent aujourd’hui, je pense que c’est avec grand satisfaction que je m’adresse à vous parce que nous avons réussi ce plaidoyer ici, à la maison du peuple, l’Assemblée nationale, au Palais de Verre Paul Biya. C’est symbolique : le Cameroun prend l’engagement de suivre avec attention tout ce qui concerne l’adaptation au changement climatique et particulièrement l’action de la femme. Ils vont dire merci au gouvernement camerounais », a-t-elle déclaré. Elle a rappelé le caractère panafricain du programme : après Paris et Dakar (où une étape s’était tenue à l’Assemblée nationale du Sénégal), Yaoundé accueille aujourd’hui cette conférence, avant Abidjan, la République centrafricaine et le Congo-Brazzaville. « L’Afrique peut lever un plaidoyer, l’Afrique peut se positionner, l’Afrique peut avoir son discours », a martelé la représentante, soulignant que la société civile travaille au plus près des populations pour implémenter des actions concrètes tout en ayant la capacité de lever des financements internationaux au bénéfice des pays hôtes.
Le changement climatique n’est plus une menace lointaine, ont rappelé les intervenants. La Stratégie africaine sur les changements climatiques de 2014 relève sans ambiguïté que l’Afrique est le continent le plus vulnérable à la variabilité et au changement climatique, en raison d’une forte dépendance à l’agriculture, d’une pauvreté généralisée et d’une faible capacité d’adaptation. Au Cameroun, les effets du dérèglement climatique se font déjà cruellement sentir : inondations récurrentes dans plusieurs villes, sécheresses intenses dans les régions septentrionales, érosion de la biodiversité et aggravation des vulnérabilités économiques et sociales. L’année 2024 restera dans les mémoires avec les inondations dévastatrices qui ont frappé la région de l’Extrême-Nord, notamment le département du Mayo-Danay. Plus de 206 000 personnes ont été affectées, des dizaines de milliers de ménages ont été privés de leurs habitations et des milliers d’hectares de cultures ont été engloutis par les eaux. À Douala, les inondations observées ces dernières années illustrent les défis croissants liés à l’urbanisation rapide et à l’insuffisance des infrastructures d’assainissement ; chaque saison des pluies plonge plusieurs quartiers dans des situations critiques, coupant les routes, submergeant les habitations et paralysant les activités économiques.
Derrière ces catastrophes, ce sont avant tout des réalités humaines que la conférence a voulu mettre en lumière. Le changement climatique bouleverse les équilibres sociaux, économiques et humains des territoires, contraignant des familles entières à quitter leurs villages et leurs terres pour chercher des conditions de vie plus stables ailleurs. Ces migrations climatiques touchent particulièrement les femmes, les enfants, les jeunes et les communautés rurales déjà fragilisées. C’est précisément pour répondre à cette urgence qu’a été pensé le programme Femme Adapt Climat, reposant sur une conviction fondamentale : les réponses africaines aux crises climatiques existent déjà sur le territoire. Dans leurs communautés, les femmes protègent chaque jour les ressources naturelles, transmettent des savoirs ancestraux et créent des solutions locales de résilience, souvent avec des moyens très limités. L’objectif de cette conférence est donc de rendre visible ce qui était resté invisible – l’action des femmes face aux migrations climatiques – et de donner une voix à celles que l’on entend trop peu, en construisant des ponts entre les réalités de terrain et les espaces de décision.

Tout au long de cette journée, les échanges se sont structurés autour de cinq grandes tables rondes stratégiques, conçues pour produire des recommandations concrètes et mesurables alignées sur le Plan National d’Adaptation aux Changements Climatiques du Cameroun (PNACC 3.0). Le premier panel, consacré aux aspects institutionnels, a examiné comment intégrer davantage le genre dans les politiques publiques climatiques. La deuxième table ronde a porté sur la finance climat et les investissements durables, avec un accent particulier sur l’accès des femmes et des jeunes aux financements verts. Le troisième panel a mis à l’honneur les territoires et les savoirs endogènes, valorisant les solutions ancestrales et l’inclusion rurale. La quatrième session a exploré le couple recherche et innovation, abordant le rôle des données climatiques, de l’intelligence artificielle et des startups locales dans l’adaptation. Enfin, le cinquième panel a traité de l’économie verte et de la transition durable, mettant en avant les entreprises engagées, l’économie circulaire et les partenariats public-privé. Chaque panel a été invité à formuler au moins trois recommandations opérationnelles, destinées à nourrir les politiques publiques nationales et les stratégies des partenaires internationaux.
Au-delà des débats d’experts, la conférence a également offert une tribune à des témoignages vivants et inspirants. Comme l’a annoncé Marie Florence Hond, des femmes venues de différents horizons sont venues présenter leurs réussites en matière d’adaptation climatique. Parmi elles, une femme handicapée, présidente d’un groupe de leaders de femmes handicapées a partagé son récit positif, expliquant comment elle et son collectif s’adaptent malgré les sur-handicaps induits par les conséquences des changements climatiques. Ces histoires singulières illustrent avec force que le « récit positif possible » n’est pas une formule incantatoire mais une réalité vécue sur le terrain.
À l’issue des travaux, les productions issues des panels et des témoignages seront rassemblées dans plusieurs livrables majeurs : une feuille de route panafricaine, un livre blanc rédigé par et pour les Africains, ainsi qu’un documentaire intitulé « Récit positif ». Ces documents seront portés devant les instances nationales et continentales qui décident des politiques climatiques. Les organisateurs ont exprimé le vœu que cette rencontre inédite à l’Assemblée nationale du Cameroun devienne un rendez-vous annuel, ancrant durablement le pays comme un carrefour de réflexion et d’action sur le triptyque climat – genre – résilience territoriale.
En conclusion de son allocution, Marie Florence Hond a lancé un appel à tous les participants : « Nous avons besoin de vous, de votre présence active dans le débat, de votre expertise au service du collectif, et de votre engagement à défendre, chacun dans notre sphère, les recommandations qui sortent de ces travaux. Un récit positif est possible, et ce récit commence aujourd’hui, ici à Yaoundé, à l’Assemblée nationale du Cameroun. » Avec une tournée qui doit couvrir au total quatorze pays africains, le programme Femme Adapt Climat s’impose comme une plateforme panafricaine majeure, capable de produire des indicateurs mesurables à l’attention des médias et des décideurs, et de contribuer à l’émergence d’une voix africaine forte et unie dans les négociations climatiques mondiales. La conférence se poursuit jusqu’à 18 heures, avant les prochaines étapes à Abidjan, en République centrafricaine et au Congo-Brazzaville. Le Cameroun, par son engagement symbolique au plus haut niveau de l’État, montre la voie d’une adaptation climatique enfin inclusive et porteuse d’espoir.

