La Commission multisectorielle d’accompagnement à la conclusion, à la mise en œuvre et au suivi d’exécution du contrat de partenariat public-privé du projet de réhabilitation et de modernisation de la Société Nationale de Raffinage (SONARA) a tenu, à l’Hôtel Hilton de Yaoundé, une session de restitution des résultats du Market Sounding International. Placée sous l’autorité de la plateforme stratégique interministérielle, cette consultation a été présidée par le Ministre des Finances, qui a ouvert et clos les travaux, marquant ainsi l’engagement au plus haut niveau de l’État dans ce processus structurant pour la sécurité énergétique du Cameroun et de la sous-région.
L’objectif de cette démarche était double : confronter le projet à l’appréciation du marché afin d’en évaluer la pertinence et l’attractivité auprès des constructeurs, investisseurs, établissements financiers et autres acteurs de la chaîne de valeur, mais aussi identifier les points de vigilance et recueillir des recommandations pour renforcer la bancabilité du projet préalablement au lancement de l’Appel à Manifestation d’Intérêt (APMI). La qualité et la franchise des échanges qui ont marqué ces deux journées ont permis de dégager sept enseignements majeurs, dont la synthèse a été présentée par l’Équipe d’Appui de la Commission.
Un intérêt réel et diversifié pour le projet
Le premier enseignement porte sur l’intérêt substantiel suscité par l’initiative. Le Market Sounding a réuni 167 participants représentant l’ensemble de la chaîne de valeur : vingt-sept opérateurs EPC, vingt-trois industriels et opérationnels, vingt et un conseils financiers et arrangeurs, huit traders pétroliers, sept institutions bancaires, vingt-six institutionnels, trois conseils juridiques et quarante-quatre autres acteurs. Cette diversité témoigne de l’attractivité du projet, dont le caractère stratégique a été unanimement reconnu, tant pour la sécurité énergétique du Cameroun que pour l’approvisionnement de la sous-région.
Les échanges ont permis de lever une ambiguïté importante concernant la garantie de marché : il a été précisé que la réserve de 80 % du marché concerne la demande nationale actuelle, estimée à 2,1 millions de tonnes métriques par an, et non la capacité totale de traitement de la future raffinerie (3,5 millions de tonnes). Le différentiel constitue ainsi un potentiel de commercialisation vers les marchés export, renforçant les perspectives de remboursement des prêteurs et le positionnement de la SONARA comme futur hub régional de raffinage. Les participants ont également salué la forte implication des pouvoirs publics, à travers la signature d’une convention-cadre entre l’État et la SONARA, ainsi que le nouveau cadre juridique des partenariats public-privé, perçus comme des facteurs majeurs de crédibilité.
Toutefois, les traders pétroliers ont souligné la nécessité d’une communication claire sur la montée en puissance progressive de la raffinerie et les hypothèses de marges de raffinage retenue. Ils ont également relevé que le dimensionnement à 3,5 millions de tonnes métriques ne permet pas une rentabilité optimale, les standards internationaux suggérant une capacité minimale de cinq millions de tonnes pour atteindre le seuil de rentabilité.
Bancabilité et structuration financière : des ajustements nécessaires
Le deuxième enseignement concerne la capacité du projet à mobiliser des financements, sous réserve d’ajustements destinés à renforcer sa bancabilité. Les établissements financiers ont estimé que la détermination des conditions financières devait intervenir après l’allocation des risques et la définition de la structure de financement, conformément aux pratiques internationales. Deux points critiques ont été soulevés : l’absence de période de grâce pendant la phase de construction, jugée difficilement compatible avec un projet de cette envergure, et le délai de six mois proposé pour le bouclage financier après la signature du contrat, jugé nettement insuffisant. Intégrant la réalisation de l’étude d’impact environnemental et social, ce délai a été évalué entre douze et vingt-quatre mois, une fourchette de dix-huit mois apparaissant comme la plus probable en présence d’institutions financières de développement.
Renforcement du dispositif de garanties
Le troisième enseignement porte sur le renforcement du dispositif de garanties. Si les participants ont salué l’architecture générale fondée sur la mobilisation de la Ligne 30 et la mise en place d’un compte commercial séquestre, ils ont estimé que ce dispositif devait être renforcé pour offrir un niveau de sécurité conforme aux standards internationaux. Plusieurs recommandations ont été formulées : renforcer l’ancrage juridique de la Ligne 30, préciser la quote-part effectivement affectée au projet, envisager une contre-garantie complémentaire d’une institution financière de développement, et traiter le risque de change par un mécanisme de référence assorti d’une bande de variation au-delà de laquelle l’État interviendrait. Les participants ont également suggéré la constitution, avant le bouclage financier, d’un fonds de réserve dédié à la maintenance incombant à la SONARA, sur le modèle des grands projets nationaux de partenariat.
Risques techniques et allocation des risques
Le quatrième enseignement concerne les risques techniques liés au caractère brownfield du projet. Les opérateurs EPC ont estimé que les équipements directement affectés par le sinistre devraient, dans leur grande majorité, être remplacés plutôt que réutilisés. Ils recommandent qu’une expertise technique indépendante permette d’apprécier précisément l’état des différentes installations avant tout engagement définitif, et appellent à une attention particulière sur la fiabilité des données d’entrée relatives à des unités à l’arrêt depuis plusieurs années. Certains intervenants ont suggéré que l’option d’un scénario greenfield soit maintenue parmi les hypothèses étudiées jusqu’à l’achèvement des investigations techniques.
Le cinquième enseignement porte sur l’allocation des risques et la complétude de la matrice des risques. Plusieurs intervenants ont estimé que la matrice présentée devait être élargie à des risques essentiels tels que le risque d’approvisionnement en pétrole brut, le risque de marché lié à la volatilité du prix du brut, le risque de change, le risque d’inflation des coûts de construction, ainsi que le risque pays. Ils ont par ailleurs rappelé que la performance de l’ouvrage ne dépend pas seulement de l’outil industriel, mais aussi de la qualité de la gouvernance et du management opérationnel de la SONARA. Plusieurs ont suggéré de privilégier une logique de bonus-malus plutôt que de pénalités systématiques, et de prévoir un traitement contractuel de la force majeure adapté au contexte régional.
Structuration juridique et institutionnelle
Le sixième enseignement porte sur la structuration juridique et institutionnelle. Si le principe d’une rémunération fondée sur la performance a été jugé conforme aux meilleures pratiques, plusieurs aspects devront être clarifiés avant le lancement de l’APMI : la répartition des responsabilités en matière de maintenance, la gouvernance de la société de projet, la composition de son actionnariat, le régime des actifs, et la distinction entre les revenus de la SONARA et ceux de la société de projet. Plusieurs intervenants ont recommandé que l’État prenne une participation directe au capital de la société de projet, tout en demeurant minoritaire pour ne pas consolider la dette du projet sur la dette publique. Ils ont également souligné l’intérêt d’introduire une clause d’arbitrage international et ont insisté sur la nécessité de mobiliser des conseils juridiques spécialisés et un consortium de cabinets et de banques d’arrangement aux côtés de la Commission.
Contenu local et transfert de technologie
Enfin, le septième enseignement porte sur le contenu local et le transfert de technologie. Les participants ont rappelé que le transfert de compétences constitue un objectif majeur et une condition non négociable. Ils ont recommandé que cet engagement soit formalisé dans la documentation contractuelle avec des objectifs mesurables, portant aussi bien sur la formation des équipes de la SONARA dès la phase de construction que sur la participation des entreprises nationales aux travaux. Ils ont attiré l’attention sur l’urgence d’un plan de renouvellement générationnel des compétences au sein de la SONARA, plusieurs départs à la retraite n’ayant pas été compensés depuis 2019.
Conclusion et perspectives
Au terme de ces travaux, une conclusion s’impose : le projet est considéré comme pertinent dans son principe, mais les participants suggèrent une maturation optimale à l’issue de ce Market Sounding. Quatre points d’attention mériteraient d’être pris en compte : le renforcement du dispositif juridique de garanties, l’ajustement du calendrier de bouclage financier, la clarification définitive du schéma institutionnel de la société de projet, et la révision du séquencement de la structuration financière conformément aux standards internationaux. À ces points s’ajoutent plusieurs suggestions destinées à renforcer l’attractivité du projet, notamment l’introduction d’une période de grâce, la poursuite de la mitigation des risques techniques, le renforcement de la couverture du risque de change, la complétude de la matrice des risques et une meilleure valorisation des atouts économiques et régionaux de la SONARA.
Le Market Sounding a pleinement atteint ses objectifs : il a permis de mesurer l’intérêt du marché et d’identifier les améliorations susceptibles de renforcer la bancabilité et l’attractivité du projet. L’ensemble de ces observations sera soumis à la plateforme stratégique interministérielle d’accompagnement et de suivi de la restructuration/réhabilitation de la SONARA, pour examen, avant le lancement prochain de l’Appel à Manifestation d’Intéret.

