ECONOMIE

Corridor Douala-N’Djamena-Bangui-Port-Gentil : Le Pro Meet Up 5 acte son kick-off et annonce une conférence régionale en septembre 2026

Written by Annette Olinga

Le kick-off institutionnel régional et national de la 5ᵉ édition du Pro Meet Up (PML5) s’est tenu ce 1 er Juin 2026 à Yaoundé. Placé sous le haut patronage du Premier ministre, chef du gouvernement camerounais, et organisé sous l’égide du ministère des Transports, cet événement a marqué l’amorce d’un processus inédit en Afrique centrale : faire des corridors de transport de véritables catalyseurs de chaînes de valeur sous-régionales. La conférence principale est d’ores et déjà annoncée du 14 au 16 septembre 2026.

Une ambition régionale affichée devant six pays et les grandes institutions

Réunissant plusieurs centaines de participants – délégations officielles du Cameroun, du Tchad, du Gabon, de la Guinée équatoriale, du Rwanda et de la République centrafricaine, ainsi que des représentants de la CEMAC, de la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique (CEA-ONU), du système panafricain de paiement et de règlement (PAPSS), sans oublier l’Union européenne et Expertise France – la cérémonie d’ouverture a d’emblée confirmé l’ampleur des enjeux. Ministres, ambassadeurs, directeurs généraux d’entreprises de transport et d’industrie ont pris place autour de longues tables recouvertes de draps blancs, sous les drapeaux des nations participantes. L’assistance, dense et attentive, a d’emblée perçu que ce n’était pas une énième rencontre technique qui s’ouvrait, mais bien une tentative de rupture avec les logiques de fragmentation qui étouffent le commerce intra-africain.

« Ne plus commenter les défis, mais construire les solutions » : le plaidoyer de Carole Mbessa Elongo

C’est Carole Mbessa Elongo, présidente fondatrice du Pro Meet Up, qui a ouvert les travaux par une intervention à la fois personnelle et mobilisatrice. Revenant sur le chemin parcouru depuis la première édition, elle a confié avec émotion : « Lorsque nous avons commencé à travailler sur cette initiative il y a plusieurs mois, je me suis souvent posé la question : pourquoi te compliques-tu autant la vie ? En regardant cette salle aujourd’hui, je ne me la pose plus. Parce que chaque fois que des hommes et des femmes décident de se réunir non pas pour commenter les défis, mais pour construire les solutions, il se passe généralement quelque chose d’intéressant. »

Elle a ensuite rappelé un double chiffre résumant le paradoxe de la CEMAC : seulement 5 % des matières premières produites dans la sous-région font l’objet d’une transformation locale significative, tandis que le commerce intrarégional plafonne à 4 %. Pour inverser cette tendance, elle a présenté le corridor pilote Douala-N’Djamena-Bangui-Port-Gentil comme terrain d’expérimentation d’un modèle reproductible à l’échelle de toute la CEMAC. « L’ambition, a-t-elle souligné, ne sera pas d’identifier simplement des filières. Elle sera de démontrer comment les corridors intégrateurs peuvent devenir les leviers de structuration, de compétitivité et de développement à l’échelle régionale. » Elle a conclu en citant Julius Nyerere : « Le développement n’est pas une question d’argent. C’est une question de personnes et de leur capacité à s’organiser pour construire leur avenir. »

La CEMAC salue une « innovation conceptuelle de premier ordre »

Prenant la parole à son tour, Charles Ongodo, vice-président de la Commission de la CEMAC, a qualifié l’approche du PML5 d’« innovation conceptuelle de premier ordre ». Dénonçant « une sorte de persistance du pacte colonial » dans la configuration des économies centrafricaines, qui continuent d’exporter massivement leurs ressources à l’état brut, il a détaillé ce que doit être, selon lui, un corridor moderne. « Il ne doit plus seulement permettre le déplacement des marchandises, a-t-il martelé. Il doit désormais connecter des bassins de production, structurer les filières industrielles, faciliter la transformation locale, intégrer des systèmes logistiques, soutenir les paiements régionaux, stimuler l’investissement et créer des écosystèmes économiques transfrontaliers. » Il a confirmé que cette initiative s’inscrit pleinement dans le Programme Économique Régional de la CEMAC et dans le plan stratégique 2026-2030, dont l’intégration régionale, l’industrialisation et la facilitation des échanges sont les axes majeurs.

Le ministre des Transports du Cameroun : « Les corridors sont des leviers stratégiques de compétitivité »

Présent pour donner à la cérémonie sa dimension politique et opérationnelle, Jean Ernest Massena Ngalle Bibehe, ministre des Transports du Cameroun, s’est félicité de la présence de la CEA-ONU, de la CEMAC et du PAPSS. Il a rappelé les investissements structurants réalisés par le Cameroun sous l’impulsion du président Paul Biya – port de Kribi, extension portuaire de Douala, modernisation des corridors Douala–N’Djamena, Douala–Bangui, Kribi–N’Djamena et Kribi–Bangui, ainsi que la digitalisation des procédures – pour consolider la position du pays comme hub logistique régional. « Les corridors de transport ne sauraient plus être appréhendés comme de simples axes de transit, a-t-il déclaré. Ils constituent aujourd’hui de véritables leviers stratégiques de compétitivité, d’industrialisation, de fluidification des échanges et de création de richesses. » Il a annoncé une collaboration étroite avec l’ensemble des structures sous tutelle d’ici à la conférence de septembre 2026, avec une ambition claire : faire des transports un accélérateur de croissance et d’intégration régionale.

Des objectifs stratégiques précis et une méthodologie reproductible

Au-delà des discours, le kick-off du PML5 a posé les bases d’un cadre stratégique opérationnel. L’objectif général est de créer une plateforme de concertation, de co-construction et d’élaboration de projets pilotes structurants, en s’appuyant sur un premier corridor pilote dont l’architecture méthodologique pourra être reproduite et élargie. Concrètement, les travaux doivent aboutir à l’identification de filières pilotes stratégiques, à la mise en place d’un cadre de concertation multisectoriel évolutif, à l’élaboration d’une feuille de route opérationnelle applicable à tout axe stratégique de la zone CEMAC-ZLECAf, ainsi qu’à la structuration de mécanismes de coopération public-privé et de solutions innovantes de paiement. Un comité d’experts chargé du suivi technique et opérationnel des projets identifiés a également été installé, et une convention‑cadre ouverte est en préparation pour définir les conditions d’adhésion de nouveaux corridors et partenaires.

Trois panels pour approfondir la réflexion et engager l’action

La réflexion s’est ensuite organisée autour de trois panels complémentaires. Un premier panel institutionnel, animé par Alain Blaise Batongue (CEO de Scope Consulting), a réuni le ministre des Transports camerounais, le vice-président de la CEMAC, le directeur du bureau sous-régional de la CEA pour l’Afrique centrale, ainsi que le CEO du PAPSS, autour des thèmes de la gouvernance des corridors, de l’interconnexion des infrastructures et des mécanismes de financement. Un second panel sectoriel, toujours sous la houlette du ministère des Transports, a donné la parole aux directeurs généraux des grands opérateurs publics – Port autonome de Douala (PAD), Conseil national des chargeurs du Cameroun (CNCC), Cameroon Airlines Corporation (CAMAIRCO), Autorité portuaire nationale et Autorité aéronautique du Cameroun – pour discuter du rôle des infrastructures stratégiques dans la compétitivité régionale. Enfin, un panel stratégique mené par la CEA a abordé la modernisation des transports et des services logistiques, en présence du PNUD, de la BAD, de la BDEAC, de CAMTEL et de représentants du secteur privé.

Un rendez-vous désormais fixé à septembre 2026 dans l’agenda de l’intégration africaine

Ce lancement intervient à un moment charnière, alors que la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) ouvre un marché de 1,4 milliard de consommateurs. Le Pro Meet Up 5 entend transformer cet horizon, corridor par corridor, en opportunité concrète pour l’Afrique centrale. D’ici à la conférence principale prévue du 14 au 16 septembre 2026, les groupes techniques institués lors du kick-off auront pour mission d’identifier les filières prioritaires, de structurer les modalités de travail et d’élaborer la feuille de route opérationnelle. Si l’engagement affiché ce 1er juin 2025 à Yaoundé se traduit dans les faits, l’Afrique centrale pourrait bien être en train d’écrire l’une des pages les plus décisives de son histoire économique régionale.

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