Transformer les axes de transit en véritables moteurs de croissance industrielle. C’est l’ambition affichée par le lancement officiel du Pro Meet Up (PML 2026), une initiative portée par le ministre des Transports du Cameroun, Jean Ernest Massena Ngalle Bibehe, représentant personnel du Premier ministre.
Placée sous le thème « Corridors intégrateurs, catalyseurs de développement des chaînes de valeur sous-régionales », cette rencontre stratégique réunit à Yaoundé décideurs publics, opérateurs économiques, investisseurs, logisticiens et partenaires techniques. Objectif : faire des infrastructures de transport un levier de transformation structurelle pour l’Afrique centrale.
Des coûts de transit encore trop élevés
Dans son discours d’ouverture, le ministre des Transports a insisté sur l’urgence d’agir. « Nous devons poursuivre les efforts visant à améliorer la compétitivité logistique, à réduire les coûts et délais de transit, à renforcer la sécurité et la sûreté des transports, à promouvoir les infrastructures intelligentes et durables », a-t-il déclaré, voyant dans le PML 2026 « une opportunité stratégique majeure » pour accélérer l’intégration régionale.
Même tonalité du côté de la CEMAC. Son vice-président, Charles Assamba Ongodo, a dressé un constat sans appel sur la faible transformation locale des richesses produites en Afrique centrale : « Nos matières premières continuent, pour une large part, d’être exportées à l’état brut. Une sorte de persistance du pacte colonial. Tandis que nos marchés importent massivement des produits transformés venus d’autres horizons. »
Selon lui, cette situation limite la création d’emplois industriels, la résilience économique et la souveraineté de la sous-région.
Un corridor pilote : Douala – N’Djamena – Bangui – Port-Gentil
Pour inverser la tendance, le PML 2026 mise sur une approche inédite : faire des corridors de transport bien plus que de simples axes de transit. « Un corridor moderne ne doit plus seulement permettre le déplacement des marchandises. Il doit connecter des bassins de production, structurer les filières industrielles, faciliter la transformation locale, intégrer les systèmes logistiques, soutenir les paiements régionaux et créer des écosystèmes économiques transfrontaliers », a expliqué Charles Assamba Ongodo.
La présidente du Pro Meet Up, Carole Mbessa Elongo, a renchéri : « Sans corridors performants, il ne peut y avoir de chaînes de valeur performantes. Sans chaînes de valeur performantes, il ne peut y avoir d’industrialisation durable. »
C’est pourquoi les acteurs ont identifié un premier corridor pilote : Douala – N’Djamena – Bangui – Port-Gentil. Ce choix, non anodin, relie quatre économies aux avantages comparatifs complémentaires et offre un terrain d’expérimentation idéal pour un nouveau modèle d’intégration régionale.
Un comité d’experts et une convention-cadre en préparation
Le PML 2026 prévoit la création d’un comité d’experts chargé de structurer des projets pilotes et d’élaborer une convention-cadre destinée à renforcer la coopération économique régionale. L’initiative bénéficie du soutien de la CEMAC, de la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique (CEA) ainsi que du PAPSS (Pan-African Payment and Settlement System), un dispositif clé pour fluidifier les paiements transfrontaliers et accélérer les échanges intra-africains.
À travers ce projet, l’Afrique centrale entend franchir un cap décisif : faire de ses corridors de transport non plus de simples voies de passage, mais de véritables espaces de création de valeur, d’industrialisation et d’emplois durables.

