La 61e session de la Confemen s’est ouverte lundi dans la capitale camerounaise, placée sous le signe de l’urgence : redonner ses lettres de noblesse au métier d’enseignant, fragilisé sur tout l’espace francophone.
C’est un signal fort qu’a voulu envoyer le Cameroun en accueillant, du 29 avril au 1er mai 2026, la 61e session de la Conférence des ministres de l’Éducation des États et gouvernements de la Francophonie (Confemen). Réunissant 44 pays membres au Palais des Congrès de Yaoundé, l’événement a immédiatement placé les débats sous un angle concret : comment passer des paroles aux actes pour valoriser ceux qui forment les générations futures ?
Le thème choisi pour ces échanges – « Valoriser la profession enseignante pour une transformation réussie de l’éducation » – n’a rien d’anodin. Il répond à un constat partagé par l’ensemble des délégations, venues d’Afrique, d’Europe, d’Asie et d’Amérique : pénurie de vocations, conditions de travail dégradées, rémunérations insuffisantes, formation inadaptée aux mutations numériques. Partout, le métier d’enseignant peine à attirer et à retenir les talents.
Le Cameroun à la tête de l’institution
L’ouverture des travaux a été marquée par la passation de témoin entre les mains du Pr Laurent Serge Etoundi Ngoa, ministre camerounais de l’Éducation de base, qui succède à son homologue marocain à la présidence de la Confemen. « Nous devons passer de la réflexion à des actions concrètes en faveur de nos enseignants », a-t-il lancé, appelant à des réponses rapides face à une « crise de vocation » qui touche en particulier l’Afrique subsaharienne.
Pendant cinq jours, ministres, experts et acteurs de terrain ont structuré leurs travaux autour de trois grands axes : l’amélioration du statut social et financier des enseignants (revalorisation salariale, conditions de travail) ; le renforcement de la formation initiale et continue, à l’heure où l’intelligence artificielle et le numérique bouleversent les pratiques pédagogiques ; et l’évaluation des systèmes éducatifs, grâce aux données du Programme d’analyse des systèmes éducatifs de la Confemen (PASEC), afin de mieux cibler les politiques publiques.
Vers une feuille de route commune
Au-delà des discussions, cette 61e session devait déboucher sur des engagements mesurables. Les ministres ont ainsi entériné le plan stratégique 2027-2031 de la Confemen, qui met l’accent sur la résilience des systèmes éducatifs face aux crises multiples – sécuritaires, climatiques ou sanitaires – perturbant régulièrement les calendriers scolaires dans plusieurs pays.
Le point d’orgue des rencontres sera l’adoption, prévue le 1er mai, de la « déclaration de Yaoundé ». Ce texte, attendu comme une feuille de route contraignante, appellera les États à investir davantage dans leurs systèmes éducatifs, avec un accent particulier sur la condition enseignante et l’équité d’accès à une éducation de qualité. Un enjeu crucial alors que la communauté éducative francophone court après l’Objectif de développement durable 4 (ODD 4) à l’horizon 2030.
Pour le Cameroun, pays hôte, l’enjeu est aussi politique. En prenant la tête de la plus ancienne institution de la Francophonie – créée en 1960 –, Yaoundé entend bien peser sur les réformes éducatives régionales et promouvoir l’adaptation des politiques aux réalités locales. Reste à savoir si les promesses de Yaoundé se traduiront, dans les prochains mois, par des actes à hauteur des espoirs placés dans cette nouvelle présidence.

